
Il faut vraiment que je sois tombée amoureuse des bus (mais ça, je le savais ;-)) pour avoir autant apprécié mes 2 derniers trajets, 9 heures de Potosi à la frontière, 10 heures de la frontière à Salta, en Argentine. D'abord, entourée de plein de Boliviens de tous âges, des vieux, des enfants, des qui puent, des qui se plaignent de ceux qui puent, des bébés qui hurlent, des qui hurlent pour que les bébés se taisent, des qui ronflent, des qui rigolent de ceux qui ronflent, et la routine des trajets en bus : trop chaud quand on est au soleil, un peu frais quand on se retrouve à l'ombre, la fenêtre qui ferme mal et qui laisse entrer la poussière de la route, les paysages désertiques, les paysages moins désertiques, la vie des gens que l'on voit de notre grand écran personnel formé par la fenêtre, les siestes de 10 minutes ou d’une heure, la soif car on ne boit pas pour ne pas avoir besoin de faire pipi, le soulagement de l’arrêt pipi, les toilettes dégueus, bref, le charme indescriptible (sans ironie) de mes trajets de bus tant aimés… Puis l’arrivée, avec 3 heures de retard (à cause du retard du bus le matin), à la frontière argentine. Le bureau de l’immigration bolivienne est déjà fermé, je traverse le pont jusqu’à l’immigration argentine qui ne me laisse pas entrer tant que je n’ai pas le tampon du bureau de l’immigration bolivienne, bref, impossible d’entrer en Argentine sans ce foutu tampon. Je me tape 3 fois l’aller-retour sur le pont avec armes et bagages, tentant à chaque fois d’amadouer les responsables de chaque côté en pleurnichant que j’ai un vol, etc. Finalement ça marche, la connasse (je dis « connasse » car elle a humilié les Boliviens qui étaient avec moi, juste par abus de pouvoir et racisme, sans doute) me file mon tampon en me faisant promettre d’aller le plus rapidement possible à l’ambassade bolivienne (oui madame) et je file au terminal de bus. Il reste quelques places sur un bus partant à minuit trente, ce qui me laisse 1,5 heures (grâce au décalage horaire, j’ai gagné une heure d’attente) pour déguster un bon petit lomito argentin (sandwich au bœuf et œuf). Mon bus est sensé arriver à Salta à 6h30, mais il arrive finalement à 10h00, après un contrôle nocturne de tous les passagers et bagages et un dernier lever de soleil magnifique qui me rend déjà nostalgique de tous ces moments privilégiés du voyage… 
Autant dire qu’après ces 24 heures de transports, je me sens un peu cassée et poussiéreuse, et j’ai la chance de tomber à Salta sur un hospedaje adorable (conseillé par un mec dans le terminal de bus) qui me laisse me doucher et me propose même de garder mes affaires pour la journée (mon vol pour BA est à 20h00), tout cela sans aucun frais, ce qui est plutôt rare en général ! J’ai trouvé leur accueil tellement chou que je leur ai offert une boite de chocolat lorsque je suis revenue chercher mes affaires ! C’est donc fraîche, heureuse dans mes habits enfin propres, un peu euphorique, que je déambule dans les rues de Salta, que je connais déjà. J’ai un peu l’impression de « revenir à la maison » (sensation toujours très agréable en voyage, lorsqu’on retourne dans un lieu connu… c’est rassurant, facile…). En plus il fait un temps magnifique, quasiment 20 degrés, les arbres sont encore tout verts dans cette région humide et j’ai vraiment l’impression d’une sublime journée de printemps après un hiver glacial, le pied total. Les terrasses de Salta sont toujours aussi accueillantes, et en fait je n’ai pas grand-chose à faire, puisque j’ai déjà visité une grande partie de la ville. Je dois aussi avouer que je n’ai plus envie de faire des visites, mon retour approche et je suis dans un état second, je n’arrive pas à me concentrer sur quelque chose, ni à me décider pour quoique ce soit. 
Je passe donc mon temps sur internet, puis sur une terrasse ensoleillées pour manger les meilleurs empanadas du monde, ensuite encore internet, puis une grosse glace, puis un petit tour à la cathédrale qui m’avait énormément plu lors de ma première visite… En fait, je souhaite me « recueillir », bien que je ne sois pas vraiment croyante. J’adore l’ambiance des églises en Amérique Latine, elles ont vraiment une âme, il y a toujours du monde, des bruits (les portes de bois qui se referment, les pas des gens qui résonnent, les chuchotements, le murmure des prières...) et une atmosphère calme, paisible, reposante… Bol ou pas bol, il y a un groupe d’enfants qui chantent dans la cathédrale, leur chant est superbe et résonne, et il n’en faut pas plus pour me faire craquer : je fonds en larmes sur mon banc. Je réalise que ce voyage parfois dur mais vraiment fabuleux et enrichissant se termine, que j’ai traversé 14 pays, vu des cultures, des paysages, des gens merveilleux, vécu des trucs incroyables, et que cette expérience unique restera l’un des événements les plus importants de ma vie… L’allée que j’emprunte pour sortir de la cathédrale sent l’orange, les arbres ont de belles couleurs, la lumière de la fin du jour est superbe, c’est vraiment dur de quitter l’Amerique Latine… Encore toute larmoyante, je chope un taxi, et heureusement le chauffeur me fait bien rire car il se lance dans une critique sans pitié des Portenos (les habitants de Buenos Aires), de leur arrogance et de leur prétention (parfois vrai, parfois faux…). Et après 2 heures d’avion, j’arrive enfin à Buenos Aires, mais les aventures ne sont pas terminées… J’avais réservé une chambre individuelle (exclu de faire du dortoir pour mes deux dernières nuits, j’ai d’ailleurs décidé de ne plus dormir en dortoir depuis Mendoza) dans un hostal à backpackers (tout ce que j’ai trouvé de bon marché à San Telmo) et lorsque j’arrive, à 23h00, bien crevée, le réceptionniste m’annonce que toutes les chambres sont occupées, mais qu’il reste de la place en dortoir. Je m’énerve direct, lui montre ma réservation ainsi que la confirmation de la réservation et ne me prive pas de lui dire tout ce que je pense de leur service minable. Le réceptionniste essaie de me dire qu’il me propose justement un lit moins cher et c’est avec un plaisir non dissimulé que je lui réponds que le prix m’importe peu et que je veux une chambre individuelle. Comme il est 23h30, je pose tout de même mes affaires dans le dortoir, m’apprête, résignée, à aller me doucher, mais finalement, je décide d’aller chercher autre chose, même en payant le prix fort, je ne veux pas faire une de mes 2 dernières nuits dans ce dortoir pourri (car en plus il est assez pourri ;-)). Apres 4 hôtels complets, je me retrouve devant une porte fermée à clé avec une sonnette et le nom de l’hôtel à côté. Je sonne mais personne ne répond. Et soudain, un gars assez balaise, avec blouson et bonnet, me demande ce que je cherche, me dit qu’il est le gardien de nuit, me fait rentrer et referme la porte à clé derrière lui. Il y a un escalier tout noir et pendant quelques secondes, je ne suis vraiment pas rassurée de me retrouvée enfermée avec un inconnu dans une cage d’escalier obscure un samedi soir à une heure du matin à Buenos Aires… Mais finalement le gars est gentil et un peu bizarre, il insiste presque trop pour m’aider, appelle sa patronne au milieu de la nuit pour savoir s’il peut me donner une chambre, me fait attendre au moins 15 minutes le temps de téléphoner, de trouver la propriétaire (car elle était sortie), de trouver une chambre, de trouver les clés, etc. etc. L’endroit ressemble vraiment plus à une pension de famille qu’à un hôtel, le bâtiment est ancien, avec plafonds hauts, la décoration est un peu désuète, il y a une salle de danse pour le tango et une atmosphère vraiment sympa… Bref, tout s’arrange, et je retourne triomphalement chercher mes bagages à l’horrible hostal à backpackers. Ils veulent me faire payer la nuit ( !!!) et je ne me gêne pas pour refuser catégoriquement à voix bien haute, même si c’est tard (je sais, je suis une chieuse). En plus, il y a d’autres personnes à la réception et ils ont le culot de me dire qu’en fait il y avait bien une chambre réservée pour moi mais que l’autre réceptionniste ne l’avait pas vue. Ben bravo… Je me suis fendue d’un superbe mail à la direction de cet « hostal nomade » lamentable… Mais tout arrive finalement pour le mieux : je me retrouve, certes un peu tard, dans un hôtel vieillot et plein de charme, avec des locataires amoureux de l’Argentine et du tango (des femmes qui s’habillent pour aller danser le soir, un jeune Hollandais arrivé il y a deux ans en Argentine et qui ne l’a jamais quittée, etc.). Et après un bon reste de nuit et une petite grasse matinée, je passe un génial dimanche d’automne à Buenos Aires qui m’a inspiré les lignes suivantes : Je ne sais pas si c’est la magie de Buenos Aires qui m’envoûte ou le fait que, depuis Potosi en Bolivie, j’ai débuté mon voyage de retour et que mon cœur, si attaché à ce continent, commence à se déchirer à l’idée de le quitter, mais ce dernier dimanche m’a inondée de vagues de bonheur et de tristesse : imaginez-vous quittant votre hôtel situé dans un vieil immeuble plein de charme   
pour partir à la découverte de San Telmo (un superbe quartier très touristique et vivant) dans un bain de soleil rafraîchi par les 12 degrés ambiants. Vous arrivez dans la rue principale et tout d’abord, vos yeux sont surpris par la foule qui déambule tranquillement en lunettes et soleil et manteaux d’hiver. Tous les antiquaires sont ouverts et il y a des stands de rue et des marchés dans tous les coins. Il y a bien sur les sempiternels « hommes statues » (d’ailleurs, pour la première fois, je me fais avoir et sursaute lorsque l'un d'eux me fait un clin d’œil), mais également des comédiens de rue qui virevoltent sur leurs échasses au milieu de bulles de savon aériennes, 
un vendeur de plumeaux couvert de… plumes et, ce que je vois pour la première fois de ma vie et qui m’a presque fait verser des larmes (je sais, je suis un peu émotive ces temps) : un homme et une femme munis de panneaux où on peut lire « Abrazos gratis », et qui offrent littéralement des embrassades/accolades à ceux qui le désirent. 
J’ai testé et c’est génial : on se prend dans les bras, on se serre, et l’homme vous souhaite de passer une excellente journée. Il y a des familles qui y passent, des enfants, des femmes, des hommes. C’est tout simple, tout bête, et ça donne une bonne dose de chaleur humaine et de sourire ! Vos autres sens sont également sollicités : l’odeur sucrée et enfantine des cacahuètes caramélisées titille vos narines et vos (mes) souvenirs de vacances à la mer. Puis il y a la musique, ou plutôt le tango, merveilleux : des groupes de musiciens se produisent, ou des danseurs enlacés tournoient sur des airs diffusés par des hauts-parleurs, et vous vous dites que vous n’avez vraiment pas envie de quitter ce pays et sa culture ! 
Puis vous arrivez à la Plaza de Mayo, où les enfants pourchassent les pigeons tandis que les amoureux profitent des chauds rayons de soleil en contemplant les fontaines, tout cela au milieu de bâtiments majestueux. 
Comme tout ce bonheur ainsi que ces émotions creusent, et que les 15 heures approchent, vous vous engouffrez dans un café-pizzeria bruyant et bondé d’Argentins qui passent de longs moments à table pour déguster d’odorantes pizzas, empanadas, salades, douceurs, gaseosas et cafés. L’empanada de carne fond sur votre langue juste avant que vous n’entamiez une petite conversation avec le couple d’un certain âge à votre droite. Un met inconnu accompagne leur pizza et vous leur demandez ce que c’est ; ils vous proposent de goûter : c’est une sorte de tarte de pois-chiches qui est servie avec la pizza… Le couple vient de La Plata, à 60 km de BA, pour passer le dimanche dans la capitale, et vous pose plein de questions sur votre voyage. Ensuite, vous retournez dans le froid qui se fait de plus en plus mordant (5 degrés à présent) pour flâner d’un magasin d’antiquités à l’autre, c’est un peu le marathon des cavernes d’Ali-Baba, avec tout ce qu’on peut imaginer, du plus joli au plus moche, à vendre. Vous êtes très très content(e) car vous avez acheté un 4e chapeau qui vous va comme un gant. Les 19h00 approchent, c’est l’heure d’un petit goûter réchauffant et vous vous asseyez directement au bar dans le marché couvert pour siroter un petit café au lait accompagné d’une « factura » (pâtisserie et non l’addition) sans aucun complexe, puisque le couple à côté de vous en engloutit au moins 6 à deux ! La nuit est tombée, vous faites un dernier petit tour de shopping dans les boutiques branchées et les magasins de déco, puis vient l’heure d’aller vous réchauffer à l’hôtel. Tandis que vous pressez le pas, frigorifié(e), vous croisez un groupe de percussionnistes frappant tambours pour la plus grande joie d’une trentaine de personnes de tous âges se trémoussant énergiquement sur des rythmes africains, en t-shirts à manches courtes pour certains (ça réchauffe, la danse !) ! 21 heures, il est temps d’aller vous attabler à l’un des meilleurs restaurants du coin où vous avez pris le soin de réserver une table (toujours agréable quand on vous demande : « Pour combien de personnes ? » et vous répondez : « Moi avec moi » pour déguster votre dernier « bife de lomo » argentin accompagné d’un verre de Malbec (désolé pour la poésie, mais dégueu, le Malbec). Et comme c’est un peu embarrassant d’attendre son plat 20 minutes toute seule, vous vous dites que c’est super d’écrire un blog car au moins vous avez quelque chose à faire, et c’est plus classe que de se ronger les ongles ! Voilà pour ce merveilleux dimanche, quel cadeau pour une fin de voyage! Mais il me restait encore le lundi... Alors comment ai-je passé mon dernier-vraiment-dernier jour de voyage? En commençant ma réadaptation à la vie genevoise par une journée de shopping : CD de tangos et de rock, cargaison de "tofis" (chocolats fourrés au dulce de leche que j'adore), journal du jour pour Stéphane, et, grande première depuis 11 mois, essayage de fringues dans de belles boutiques et quelques achats à la clé : top en soie, jeans, jaquette de velours rouge, des habits "normaux", à des prix "normaux", youpie!!! Ainsi, pas le temps de penser, de me morfondre, de réfléchir... Retour à mon hôtel avant mon taxi pour l'aéroport, et coupure d'eau chaude : une dernière douche glacée par 5 degrés dehors (et 15 dedans), youpie!!! Embarquement dans l'avion, je m'assieds et me rends compte que ma veste a disparu... Je pense l'avoir oubliée aux toilettes, donc je demande l'autorisation de quitter l'avion à une hôtesse, je bouscule les 500 autres passagers qui eux montent dans l'avion, je cours aux toilettes (qui sont plutôt loin), rien, je recours vers l'avion : ma veste est restée dans la salle d'attente, youpie !!! Puis, toute transpirante, je m'installe dans l'avion, et comme nous devons attendre pour décoller, j'incline mon siège, ce qui provoque coups de pieds et hurlements du vieil italien derrière moi, youpie!!! Engeulade, élévation de la voix de ma part, tout le monde nous regarde dans l'avion, je remonte mon siège mais compte bien le redescendre sitôt le décollage terminé. Evidemment, l'autre derrière me donne des coups de pieds, ma voisine me propose d'échanger nos sièges mais je refuse, j'ai parfaitement le droit d'incliner mon dossier. Le connard d'Italien derrière me dit que non, qu'il n'a pas la place, je lui dis de demander à l'hôtesse ou de se payer une business s'il veut plus de place, il appelle l'hôtesse, et elle lui dit que J'AI RAISON et que j'ai PARFAITEMENT le DROIT d'incliner mon siège, et lui, de dépit, il se casse pendant au moins une heure, ses copains sont morts de rire et au moins ça détend l'atmosphère et moi je n'ai plus de coups de pieds, youpie!!! Arrivée à Rome, premier pas en Europe depuis 11 mois, l'air est plus chaud, j'ai 3 heures pour me faire les tax-free shops, m'acheter les basiques de la vie en société chez moi : crème contour des yeux, crème pour le visage, fond de teint, mascara, j'en profite pour me tartiner la tronche dans le magasin et de me mettre un coup de parfum pour mon arrivée à Genève. Puis je vois mon lac, ma ville, les lumières, l'aéroport de Genève-Cointrin, je pose le pied en Suisse, déambule devant les publicités de montres et de produits typiques, arrive au contrôle des passeports, le passe avec mon joli passeport rouge maintenant plein de tampons, je mets mon chapeau car je pense que cela fera plaisir à ma famille de me voir avec mon look de voyageuse, d'ailleurs je n'ai pas changé mes vêtements, mes jeans et jacquette rouge sont dans mon sac à dos, je récupère mes bagages, passe la douane et... 

Trompettes, fanfares, confettis, bouchons de champagne qui sautent! Que nenni! Comme mon avion a 20 minutes de retard, mon père, ma soeur et la gouvernante de mon père sont en pleine discussion et ne me voient même pas passer, je dois leur tirer la langue pour attirer leur attention... Et mon chéri vient de croiser un de ses potes qui bosse à l'aéroport, donc il est à 10 mètres de moi, en pleine conversation. Bref, pas vraiment le film hollywoodien mais l'émotion y est... Je suis rentrée à la maison. 
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