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Népal - Frontiere - comble de la glauquitude


de Diane, 20-10-2006

Derniers jours au Nepal


L'ambiance particuliere de cette soiree etrange, a la fois comique et effrayante, remonte en fait a la veille, ou j'ai eu mon premier vrai coup de blues depuis mon depart. Apres 2 semaines completement seule, personne avec qui discuter, echanger, partager un repas ou un verre, le harcelement pesant des Nepalais, l'arrivee imminente de Stephane, le manque de mes copines et de nos soirees hilarantes, je craque, envahie de tristesse et de nostalgie.

Je me refugie comme d'hab dans la bouffe et me tape quasiment une indigestion. Le reveil a 5h45 afin de prendre mon bus pour la frontiere indienne me tire peniblement d'un sommeil plus qu'agite. La mine piteuse et bouffie, je me traine jusqu'au bus dans lequel je m'encastre entre un asiatique et la fenetre, pour sombrer aussitot dans un sommeil vaseux d'ou je me tire toutes les 10 minutes pour refermer ma bouche ouverte qui pendouille (!!!).

Je me reveille finalement, toujours un peu tristounette, et sors mon i-pod, en veille depuis 2 semaines. Et la musique, miraculeusement, me redonne le moral : je suis a nouveau sur la route, vers l'inconnu, j'ai la chance inouie de voyager a travers le monde, je me rememore tous les bons et moins bons souvenirs depuis mon depart, et me dit que ce n'est pas cette Nieme crise de boulimie qui gachera ma journee, apres toutes les aventures que j'ai vecues jusqu'a present!

Au stop pour le dejeuner, j’engage la conversation avec mon voisin qui est en fait japonais. Arrives a destination après 8-9 heures de bus, nous partageons un rickshow et arrivons a une guesthouse figurant dans le LP. L’endroit est minable, croulant et decrepis, mais vraiment pas cher (90 cts le lit sans salle de bain, 1.15 CHF avec)…

Une porte metallique cabossee et grincante s’ouvre sur une “chambre” sans salle de bain, qui oscille entre une cellule de prison d’un pays en voie de developpement et une cage de zoo, il ne manque que la paille. Naoto et moi rigolons presque tellement l’endroit est glauque: des grilles et des barreaux partout, de vieilles peintures ecaillees et sales, le bruit des robinets qui fuient, et personne, personne, l’endroit est desert. Apres maintes hesitations, notre choix se porte sur une chambre degueulasse aux draps taches avec une salle de bain (un WC a la turque surplombe d’un robinet, avec un seau comme chasse d’eau (comme souvent au Nepal).

Nous laissons nos affaires et partons en quete de renseignements pour nous rendre a Delhi. Les infos different d’un endroit a l’autre, d’une personne a l’autre, mais au bout de 5 avis differents nous arrivons a prendre une decision : bus jusqu’a Gorakpur puis achat du billet de train pour Delhi sur place, Naoto le lendemain, moi le surlendemain car je souhaite visiter Lumbini (lieu de naissance de Siddarta Gautama, devenu par la suite Bouddha).

Le temps est lourd, electrique, le ciel orageux, des petards eclatent comme des coups de feu dans la nuit tombante.

Dans ce bled frontiere inconsistant, nous trouvons une sympathique table ou nous restaurer. Je casse ma tirelire pour une biere, et ca me fait un plaisir enorme d’enfin partager mon repas avec qqn et de pouvoir discuter un peu. Naoto voyage depuis 4 mois dans tous les pays ou il peut trouver de la bonne weed (herbe), il est venu une fois en Europe, a Amsterdam, pour fumer…

L’orage a fini par eclater tel un ballon trop gonfle et il pleut. Nous rentrons a l’hotel, il fait noir, je sors ma lampe de poche et decadenasse le verrou. On essaie 5 interrupteurs crasseux, un neon clignote et le vieux ventilo s’ebranle bruyamment. 5 sortes de mini punaises squattent sur mon chapeau que j’avais laisse pres de la fenetre aux moustiquaires dechires. Et c’est la que je realis pleinement l’extreme glauquitude de la piece : les draps sont taches (on dirait du sang, comme si des drogues etaient venus se piquer), troues, brules, ce qui n’empeche pas qqs insectes de s’y vautrer insolemment, les murs sont pleins de trainees jaunatres et brunatres, l’eau fuit dans le trou a rats qui sert de salle de bain, le ventilo tourne lamentablement, comme si l’effort etait trop important, ou trop inutile, pas un moustiquaire n’est entier, les verrous sont grippes, les interrupteurs semblent desintegres, tout est sale, pauvre, minable. Apres mon coup de blues de la veille, j’avais bien besoin de ca! Heureusement nous sommes 2 et en rigolons franchement, je fais meme un film pour immortalizer ce sinistre endroit.

Puis Naoto se douche longuement (pendant que je relis “Sur la route” de Kerouak, qui parle de l’errance dans des conditions difficiles de merveilleux et fous voyageurs-vagabonds)puis s’assied en tailleur sur son lit, sort ciseaux, briquet, papier, herbe, hash, et prepare soigneusement ses petards. Il chauffe le hash et le mélange a l’herbe et au tabac. Il a 3 tout beaux joints (enormes) et je lui demande s’il les prepare pour le lendemain. Il me repond qu’il ne veut pas passer la frontiere avec tout ce matos et qu’il va donc le fumer… maintenant! Le hash brule sent super bon et je prends une petite taffe. Naoto termine son premier petard puis sort fumer la suite dehors. Il revient peu de temps après, l’air embrume, se couche habille (comme moi, car les draps sont trop sales pour que je sorte mes draps de soie tout propres ou que je me deshabille) et ecoute de la musique. Il se releve pour fumer le 3e tandis que je suis avec Dean et Sal, heros fumeurs et buveurs de “Sur la route”, tout cela a la lumiere de notre magnifique neon sur la musique du robinet des toilettes qui fuit et des moustiques valsant dans mes oreilles.

Inconnus il y a a peine qqs heures, nous finissons couches l’un a cote de l’autre dans le noir, a ecouter nos i-pod, lui pete, moi reveuse… Je ne peux m’empecher d’allumer ma frontale pour ecrire ces qqs lignes, repoussant tous les insectes qui viennent se poser sur mon carnet. Quelle drole de soiree!

Apres une nuit de bataille perdue d'avance avec les moustiques, je me reveille et ouvre une fenetre : il fait gris, la chaussee est boueuse, les camions font tristement la queue pour passer la frontiere et la perspective de louer un velo pour visiter des temples a Lumbini et de passer une soiree seule dans ce bled pourri m'apparait limpidement comme stupide. J'en ai assez du Nepal, l'Inde est a 300m, Naoto est cool, je pars avec lui a Delhi le jour meme.

Le passage de la frontiere, a pied, est simple et rapide. C'est un peu triste de le dire, mais c'est sans regrets que je quitte le Nepal. Nous cherchons un bus pour Gorakpur (apres avoir entendu de la part des chauffeurs de jeeps qu'il n'y a plus de bus, ou qu'il met 6 heures au lieu de 3, etc.) et le trouvons un peu plus loin. Le prix demande ne correspond a aucun des prix indiques la veille, en fait il est moins cher! On nous annonce 2 heures de route, depart dans 30 minutes, nous partirons une heure et quart plus tard pour 3 heures de route, la difference est acceptable ;-))

J'ai donc droit a mon premier Bollywood dans le bus, apres que le responsable du bus ait fait degager un Indien (moi je n'ai rien demande) pour m'installer pres d'une fenetre. Mon chapeau attire toujours autant l'attention et je me le fais meme "piquer" par un homme a la bouche toute sanguinolente, en fait il chique une sorte de graine (j'en avais entendu parler) qui fait que la bouche et les dents semblent pleines de sang!

Premiers villages indiens traverses, premieres impressions : les Indiens sont en general plus "fonces" que les Nepalais et certains ont un regard vraiment noir de chez noir, un peu intimidant. Il y a beaucoup de vaches dans les rues, et, bonheur pour moi, c'est le paradis de la deco kitsch et... des patisseries! A la vue des etals couverts de douceurs colorees (nous sommes a la veille du festival de Diwali), je me dis qu'un pays ou il y a apparemment autant d'amateurs de sucreries ne peut que me convenir!

Arrives a la gare de Gorakpur, nous commencons le marathon de la recherche du billet de train (je commence a devenir championne!). Le systeme est different de ce que j'ai connu jusqu'a present : on peut acheter juste un billet, et dans ce cas on s'encastre tant bien que mal dans un wagon bonde, ce qu'a fait mon ami voyageur Stephane (voir son blog, c’etait pas drole), ou un billet PLUS une reservation, et dans ce cas on a une couchette a soi. Il y a un guichet special pour tourists, mais il est ferme. Nous faisons la queue a un guichet pour “achat de billets”, ou on nous envoie au guichet “reservation de billets”, ou on nous envoie au guichet 811, ou la je vois tous les gens dans la queue qui ont un papier a la main et qui m’envoient au guichet 828 pour le papier, puis retour au guichet 811 ou une dame indienne nous explique qu’en fait le papier sert pour les reservations de trains partant 2 ou 3 jours plus tard, et que si on veut partir le jour meme, c’est plus complique voire impossible et que nous pouvons essayer a un autre guichet sur le quai, et je JURE que tout ce que je viens d’ecrire est vrai!

Au nouveau guichet, on nous explique qu’il faut d’abord acheter notre billet (au guichet ou on etait en tout premier!!), puis payer un supplement pour “reserver” la couchette. Heureusement, un gentil “railway manager” tout beau dans son uniforme nous accompagne pour toutes les demarches et a 15h30, nous avons en main nos billets avec place reserve pour un train a 16h30, et tout cela pour la moitie du prix demande par les agents nepalais a Sonorli!

Dans la gare, des tas de gens dorment par terre sous les ventilos, pas mal d'Indiens me devisagent longuement, on m'avait avertie, les mendiants ou d'autres personnes ont souvent un membre ou un morceau de membre en moins (ca aussi on m'avait avertie) et je me demande, avec une ironie sans doute mal placee, "mais ou sont donc tous les doigts, mains, bras, jambes, pieds, yeux de l'Inde mutilee?", en imaginant des tas quelque part... Le seul passage un peu difficile est "l'experience toilettes", ne continuez pas a lire si vous dejeunez...

Je croyais sincerement avoir vu le pire au Tibet, avec de la merde partout a cote des trous et meme sur les murs. Ben non, il y a pire. Non seulement de la merde partout mais aussi du sang dans les toilettes pour femmes. Et comme il y a des catelles blanches (elles etaient du moins blanches a l'origine), c'est vraiment degueu. Des taches de sang parterre qui se suivent (on imagine une femme marchant avec du sang coulant d'elle), des morceaux de tissu gorges de sang qui s'ecoule... Et pour le choix des WC, j'ai 2 options : le WC turc plein a rabord de diarrhee ou celui avec une jolie merde fraiche. Mon choix sera l'option 2, ave concentration maximale, le visage a 30 cm d'un paquet de tissu plein de sang, pour me dire qu'il y a pire dans la vie...

Dans le train (a compartiments ouverts, comme les hard sleep en Chine), un sympathique homme d'affaires indien tout chou et dodelinant sans arret de la tete (comme bcp d'indiens, c'est un mouvement "local") est aux petits soins, il me montre ou enchainer mes sacs, me ferme la fenetre, me descend ma banquette et nous offre un tchai, a Naoto et a moi.

Les mendiants montent aussi dans le train, et ma premiere experience de pres est une gamine qui pose son front sur mon genou en me suppliant, pendant que je me repete les paroles d'Isabelle, qui a passe 8 mois en Inde, "la mendicite est une profession exercee par certaines castes, les enfants sont eleves pour mendier, parfois mutiles pour cela, leur donner qqch ne fait qu'entretenir cet etat de fait" (ce ne sont pas les paroles litterales, j'interprete).

Le voyage de 14 heures pour Delhi s'annonce donc a merveille, a part mon mal de gorge qui empire. Je suce depuis deja 24 heures des mebucaines, mais ma gorge est de plus en plus douloureuse et enflee. Pendant la nuit, je me reveille avec des douleurs horribles et ne peux plus deglutir sans un gemissement. Ma glotte est devenue tellement enorme que j'ai de la peine a respirer. Je commence les anti-inflammatoires...

Je fais donc mes premiers pas dans Pahar Ganj, le Thamel de Delhi (= le quartier a touristes, commes a Kathmandu) completement vaseuse, titubant entre vaches et rick-shaws, mais tout se passe bien, les gens semblent sympas. Et pis, YANN, mon the arrive directement sans sucre. Les vacances, quoi. C'est le premier jour du festival de Diwali (fete des lumieres et des petards), tout le monde achete des patisseries et le soir, Naoto et moi auront droit a un concert de petards assourdissants et meme a qqs feux d'artifice!







Commentaires sur cet article
Chelentan
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