
Quelques trains et mesaventures a Delhi plus tard (une engueulade avec Stephane je sais plus pourquoi et une entree au Fort Rouge refusee par un gros c... d'Indien), c'est en arrivant a l'hotel a Agra que nous voyons le mythique Taj Mahal pour la premiere fois, et apres l'avoir vu et revu en photo dans tout plein de magazines et autres, ben ca fait tout bizarre de le voir en vrai, dans la brume et la pollution, et de se dire : ca y est, JE suis devant LE Taj Mahal! 
Mais la premiere emotion passee, je n'arrive plus tellement a apprecie cette journee... Peut-etre trop de harcelements, de fatigue, de stress (nous n'avons pas arrete de bouger depuis l'arrivee de Stephane!), trop de forts, de rues, de couleurs, de merveilles, bref, trop de tout, je suis vannee, crevee, un peu deprimee. Stephane est tout inquiet de mon etat, et nous decidons finalement de me retaper un moral en allant boire une King Fisher au bar d'un hotel de grand luxe indique dans le Lonely Planet. Nous traversons a nouveau la foule de vendeurs et de harceleurs et au fond d'une rue qui ne paie pas de mine, l'oasis illumine apparait : des lumieres partout, des bassins eclaires, des fontaines, des lustres de 3 metres de haut, des sols etincelants, du personnel en costume et turban, des fleurs magnifiques, une odeur parfumee delicate, des fauteuils luxueux, une atmosphere calme dans un luxe incomparable. 
J'ose a peine poser mes teva (sandales) crottees sur le marbre immacule... Le contraste avec la rue, et l'Inde en general, est affolant. Nous allons direct au bar et meme sur la terrasse, interdite aux "non clients". Un spectacle de danse nous accueille, mais pas le truc cheap pour beaufiots. Au-dessus de la piscine, sur une terrasse en face du bar, un homme en costume danse merveilleusement sur une belle musique indienne! Stephane commande une King Fisher, moi une Corona, et nous recevons des petits aperos a grignoter super bons. Nous faisons tache au milieu de la clientele de l'hotel : couples d'un certain age dont la femme est toujours blonde, broshing parfait, elegante et un peu refaite de la face, ou couples plus jeunes avec mecs cheveux mi-longs et petite chemise rayee annees 80 avec jeune femme sage, serieuse et ennuyeuse, ou jeune femme elegante et sexy en talons aiguille. Autant dire que Stephane et moi, en T-shirt et sandales, detonnons completement. Mais nous nous en fichons et decidons meme de jeter un oeil sur le menu du restaurant. Conversion faite, les prix reviennent a un bon resto chez nous, et nous decidons de revenir manger le lendemain!!! 
Le Taj Mahal nous est pour l'instant interdit : le vendredi, il est reserve aux musulmans (il y a une mosquee a l'interieur). Nous profitons donc de la journee pour visiter le fort d'Agra (sans grand enthousiasme, c'est le 5 ou 6e fort!), 
un tombeau moghole plein de singes et de sortes d'Antilope super jolies que je ne me lasse pas de photographier, pendant que Stephane se mouche et se remouche (encore une allergie a la pollution), 
encore un tour au "Baby" Taj Mahal, 
et a midi nous allons manger dans un resto juste parce que le nom m'amuse : Zorba the Bouddha! Et le soir arrive enfin, nous allons feter nos anniversaires au merveilleux Amar Vilas Hotel, et pour mon grand plaisir, le vin est loin d'etre degueu. Apero, mise en bouche, delicieuses crevettes puis mouton pour moi, poisson pour Stephane, et je craque encore pour de delicieuses glaces... Bref, une superbe soiree. 
Le lendemain, direction le Taj Mahal! Ben il y a beau y avoir du monde, ben on a beau avoir vu plein de photos du site, l'avoir sous le nez, c'est juste fantastique. 
Par contre, petite surprise, en fait il n'y a pas grand chose a l'interieur hormis deux tombeaux entoures de paravents de pierre sculptee et incrustee de pierres semi-precieuses selon la technique de la "pietra dura" (ne m'en demandez pas plus je n'en sais rien). Je ne me lasse pas de prendre des photos, au desespoir de Stephane qui n'en peut plus de ce maudit appareil... Et, pour notre plus grande honte mais une bonne rigolade, nous prenons egalement la pause "a l'indienne" : 
Autre souvenir marquant a Agra : 2 hallucinantes courses en rick-shaw avec le meme chauffeur (qui nous a croise par hasard pour la 2e fois) a travers une circulation inextricable due a des travaux... Nous avons zigzage, tourne, recule, redemarre, backshishe (un petit billet dans la main d'un flic et hop on passe! Franchement, on n'en revenait pas de la ou le chauffeur arrivait a passer! Apres Agra, depart en train de nuit pour Varanasi la ville sacree, celebre pour ses ghats (escaliers de pierre) donnant sur le Gange, ou les hindous viennent faire des offrandes, se laver, prier, et aussi mourir afin de se faire incinerer sur les bords de l'eau sacree, et d'avoir leurs cendres repandues dans le Gange. 
Il regne donc sur les rives de l'immense fleuve une ambiance vraiment particuliere et unique, jour et nuit, puisque les bains, offrandes et cremations commencent a l'aube, que durant toute la journee il y a de l'animation, et que la nuit certaines "maisons", dont celle a cote de notre chambre (!!!) prient, chantent et jouent de la musique sur hauts-parleurs. La famille a cote de notre balcon a commence cette sorte de chant rituel en fin d'apres-midi, a continue la soiree, la nuit, et le lendemain matin alors que nous faisions notre promenade en bateau! Meme les enfants chantaient, et avec la fatigue, les voix devenaient toutes eraillees, cassees et fausses, c'etait vraiment special. 


Une petite particularite qui ajoute une note olfactive a l'ambiance mystique de Varanasi : comme il y a des cremations a longueur de journee, meme eloignes, on sent parfois l'odeur des corps brules. Ca ne nous a pas pose de probleme, mais ca fait bizarre de sentir les morts partir en fumee alors qu'on sirote un lassi... 
Au bas de notre hotel nous avons trouve deux magnifiques "cantines", restos a nourriture locale, que nous avons testees... Encore de delicieux tchae, et aussi la suprise de voir les gens assis sur des chaises le long du trottoir attendre tranquillement leur tchae, qui n'est en fait pas servi a n'importe quelle heure : seulement le matin puis a 3 heures de l'apres-midi. Et les gens attendent patiemment (majorite de femmes), discutent, rigolent, tout l'art de vivre indien dans ces minuscules verres au nectar chaud, sucre et inimitable... 
Nous quittons les charmantes ruelles de Varanasi, encombrees de vaches, de bouses, de dechets, de boutiques, de pietons, bref, de toute l'ambiance indienne, a nouveau en train de nuit. A notre reveil dans le train, le paysage a completement change, l'air aussi : il fait plus humide, tout est plus vert et nous sommes entoures a perte de vue de champs cultives... Nous arrivons dans le Bengale Occidental! 
Et pour moi, des petites "trepidations" cardiaques a l'idee de decouvrir la ville du Vice-Consul, d'Anne-Marie Stretter, des lepreux et de la mendiante de Calcutta sortis de l'imagination de Marguerite Duras (et c'est la qu'on se rend compte de ce que c'est d'etre ecrivain : a part sans doute l'atmosphere humide et chaude de la periode de mousson que nous n'avons pas connue et meme en se projetant 50 ans en arriere, il n'y a evidement pas grand chose de commun entre la Calcutta de Duras et la Calcutta reelle...) Et le choc continue : la gare de Kolkota est "moderne" et a l'exterieur, nous cherchons desesperement un rick-shaw (c'est tjs la meme chose, qd on en veut pas on en a 50 et qd on en veut il n'y en a pas) et apprenons qu'il n'y a pas de rick-shaws a Kolkota (en fait il y en a mais seulement dans certains quartiers). Nous prenons donc un desuet et charmant taxi jaune dont la forme rappelle les voitures des annees 60, et plongeons a nouveau dans une circulation infernale, mais sans animaux cette fois! 
Stephane a souhaite m'invite, pour nos 4 derniers jours, dans le seul hotel de charme de Kolkota... Il s'agit d'un hotel qui a une histoire, il est tenu par la meme famille britannique depuis 60 ans et effectivement, les escaliers sont couverts de coupures de presse parlant du Fairlawn Hotel, de photos de famille, de photos dedicacees de "celebrites" plus ou moins connues ayant sejourne dans l'hotel. 
Tout est tres cosy mais nous n'arrivons pas a cache notre deception a la vue de la chambre : il y a bien rideaux, frigo, TV, clim, mais rien de special, rien d'emballant, et quand on pense au prix exhorbitant que Stephane paie, nous sommes tout decus. Nous decidons d'aller voir d'autres hotels, mais realisons rapidement qu'il n'y a rien entre les guesthouses pourries et les hotels a 200 dollars. Nous gardons donc la chambre, et par bonheur, puisque nous avons manifeste notre mecontentement, le receptionniste nous propose une autre chambre qui vient de se liberer et qui est beaucoup plus choue! Premiers pas dans Kolkota et nous sommes immediatement sous le charme de ce melange de modernite et de debut de 20e siecle. 


Ancienne capitale (il me semble) du Raj Britannique, nombre de batiments rappellent cette epoque, entre des rues typiquement "indiennes", ou des rues "indiennes-mais-modernes", bref, je n'arrive pas a la decrire, mais il y a vraiment une ambiance, une atmosphere dans cette ville. Par exemple, imaginez une sortie de bureau, a l'heure de midi, pres du metro qui est super facile a prendre. Les hommes sont habilles a l'occidentale, les femmes plutot a l'indienne. Ils ont natels, sacs a main, etc, et se pressent autour des vendeurs de rues qui proposent des mets plus allechants les uns que les autres. Jusque la pas grand chose de different du Molard a midi. Puis j'apercois une corde fumante pendant le long d'un mur... ??? Il s'agit d'un "briquet public"! 
2 rues plus loin il y a des marches de rues dont les vendeurs ne cessent de crier pour attirer le passant, et quelques rues plus loin il y a des enfants nus qui se baignent a une fontaine de rue et des Hindous qui viennent faire, en chantant et tambourinant, une offrande dans un temple. 
Ajoutez a cela qu'il y a sans cesse des manifestations des partis de gauche, a grands renforts de hauts-parleurs et de rassemblements... 

D'autre part, nous revivons car plus personne ne nous devisage ni ne nous harcelle (juste les mendiants dans le quartier a touristes), nous nous sentons enfin des gens comme les autres, et cela fait un bien inimaginable! Kolkota est reputee pour sa cuisine et ses patisseries, et malgre la grosse creve qui terrasse Stephane pendant presque 2 jours, nous profitons pour nous regaler une derniere fois de toutes les bonnes choses indiennes (d'ou l'agravation de ma prise de poids sur les derniers jours, aille aille aille!). Mais plus l'heure du depart de Stephane approche et plus notre enthousiasme se transforme en tristesse. Le compte a rebours arrive a sa fin et nous ne pouvons nous empecher d'y penser. Les 2 derniers jours, j'ai carrement des bouffees d'angoisse a l'idee du depart de Stephane, je commence a me rendre compte a quel point il va me manquer et a quel point il va etre difficile de repartir sur ma route, me debrouiller seule, trouver et prendre des chambres d'hotel seule, manger seule, visiter seule. Nous voulions absolument voir un bollywood en Inde et comme Kolkota est une capitale culturelle (il y a d'ailleurs un festival de cinema pendant que nous y sommes), l'occasion est parfaite. Notre derniere soiree sera donc cine et resto, cela tombe bien car des que je n'ai plus l'esprit occupe je me mets a pleurer. 

Puis retour a l'hotel pour attendre notre taxi qui vient a 1h30 du mat, et la c'est le cauchemar, je ne peux m'arreter de pleurer, idem a l'aeroport, Stephane est a peu pres dans le meme etat que moi et c'est point drole... Je m'envole finalement pour la Thailande car je ne me la sentais pas de rester a Kolkota sans Stephane, et je n'ai pas trouve de vol pour la Birmanie le jour de son depart. Je ne me rends pas encore compte a quel point le decalage entre l'Inde avec Stephane et la Thailande sans Stephane me sera douloureux... |