


Miguel et moi arrivons sans encombres à Potosi (4100 m), après 7 heures d’une route superbe où le vent se déchaîne à 4000 mètres d’altitude… La vie n’a vraiment pas l’air facile dans les parages. La ville de Potosi est dominée par l’impressionnant Cerro Rico, une montagne à la fois merveilleuse et diabolique, puisqu’elle recelait (et recèle encore) des trésors métalliques : argent (de quoi construire un pont de je ne sais plus combien de mètres de large de la Bolivie à… l’Espagne !!!) zinc, cuivre, etc., mais qu’elle a « exigé » en paiement de ses richesses la vie de plus de 8 millions d’homme sur 4 siècles, des mineurs et des esclaves aux conditions de travail et de vie inimaginables… Aujourd’hui encore, tous les jours, des centaines de mineurs s’enfoncent dans ses entrailles pour en gratter quelques cailloux assurant leur misérable subsistance. Au programme de l’horreur : adolescents de 16-17 ans au boulot, sécurité pas du tout aux normes, poumons détruits au bout de 10 ou 20 ans, conditions de travail épouvantables (sous terre, toujours courbés, chaleur, soif, installations et matériel du siècle passé ou plus), feuilles de coca pour tenir le coup (fatigue, faim et soif), ainsi que clopes locales et alcool à 96 degrés, et un « tio » (oncle) diabolique pour veiller sur ce monde souterrain et infernal… 
La visite que j’ai faite de ces mines m’a vraiment impressionnée. Tout va très vite, il y des wagons de plusieurs centaines de kilos qui vous foncent dessus, on ne les voit pas mais on les entend, il faut sans cesse marcher courbé, il fait chaud, il fait noir, il y a de la poussière partout, il n’y a pas beaucoup de place, pas beaucoup d’air, les gars transpirent et nous implorent pour des bouteilles de soda que nous avons achetées pour eux… bref, âmes sensibles ou claustrophobes (surtout) s’abstenir… Les gars commencent adolescents, et nous avons rencontré un mineur qui travaillait depuis 33 ans dans cette mine !!! Le côté un peu moins négatif : les mineurs sont réunis en coopératives et travaillent à leur compte (pas d’exploitation, du moins c’est ce qu’on nous a dit), mais cela reste à mes yeux un travail inhumain. 

Heureusement, Potosi ne se résume pas à ses mines, même si j’ai vraiment senti une « vibration » dans cette ville, « vibration » ou « émotion » que je ressens presque toujours dans des lieux chargés en histoire et/ou en souffrance. C’est une ville à mes yeux magnifique, avec des ruelles colorées et animées, ainsi que des habitants vraiment « vivants » : pas de ruelles désertes… Au contraire, des marchés, des défilés, des manifestations, du hip-hop le soir, des stands de nourriture, il y a du monde partout, de jour comme de nuit, et ce malgré le froid intense ! 
Je loge à la « Compania de Jesus », un hospedaje vraiment charmant tenu par un couple de boliviens adorables, et même si, comme partout ailleurs, il n’y a pas de chauffage (et la nuit la température descend en-dessous de 0 à l’extérieur) il y a néanmoins une bonne douche chaude, et même ultra-bouillante le matin, puisque, je vais le découvrir à mes dépends, l’eau froide gêle pendant la nuit et ne peut se mélanger à l’eau chaude… 
Que de bon temps passé dans cette ville, ce sont mes derniers jours et j’en profite ! Miguel et moi retrouvons Sarah et Caroline pour visiter la « Casa de la Moneda », immense et superbe bâtiment dans lequel était fabriquées (également dans des conditions abominables) les pièces d’argent pour l’empire espagnol, et nous dînons ensemble dans un restaurant « chic » : nappes blanches, un poêle, génial, nous pouvons manger sans les gants, et en plus c’est délicieux ! Le lendemain nous visitons les mines ensemble, et je passe une deuxième super soirée avec Miguel, sur la place du marché de Potosi, à me geler les fesses à regarder les gens manger des beignets et danser le hip-hop, me réchauffant à coup d’api (jus de mais et de fruits, chaud) et de bunuelo (je ne sais pas comment cela s’écrit, c’est une sorte de beignet absolument divin)… Le lendemain, départ en solo et en taxi partagé pour une visite éclair d’une journée de Sucre, à 2 heures de Potosi. La ville est très belle, la plupart des bâtiments coloniaux sont d’un blanc étincelant, il y a une animation, un monde et un vacarme incroyable dans les rues car nous sommes la veille de la commémoration de l’indépendance (24 mai) et il y a des défilés partout. Je fonds de bonheur en visitant le marché coloré ainsi que la vie qui l’anime, et je termine ma visite de la ville dans un couvent absolument divin. Seul point négatif que j’écris juste au cas où des lecteurs iraient à Sucre : éviter la visite des empreintes de dinosaures, c’est vraiment nul, à moins d’y aller avec des enfants. 




Mais je sais également que c’est mon dernier jour de « visite » : dés le lendemain, j’entreprends mon trajet de retour qui va durer plusieurs jours et je suis dans un état bizarre, un mélange de tristesse, de nostalgie, d'excitation, d'anxiété, de joie... Heureusement, je me suis laissé du temps : une journée et une nuit de bus pour aller de Potosi à Salta en Argentine, une demi-journée à Salta pour pleurer de nostalgie, un vol pour Buenos Aires et 2 jours dans cette ville incroyable, avant les vols BA-Rome et Rome-Genève… Mais avant cela, j’expérimente un petit trajet (2 heures) presque typiquement bolivien… Je dis « presque » car je suis en taxi partagé et non en bus… Je devais partir rapidement afin d’arriver à Potosi avant la fermeture de la lavanderia (pour chercher mon linge propre), soit 20h30. Evidemment, le chauffeur me dit oui oui on part tout de suite, mais bien sur, il se passe encore 15 minutes pour je ne sais quoi, puis nous nous arrêtons encore 10 minutes pour prendre un 4e passager qui est en retard… Le chauffeur me demande de payer d’avance et je refuse, lui disant que je ne paierais que si j’arrivais à temps à la lavanderia. Pas très malin : à quoi me serviront des pantalons propres si je n’ai plus de jambes ? Car si cette route n’est de loin pas la pire, elle n'est tout de même pas du tout éclairée, pleine de virages et le chauffeur (qui n’est pas bourré, j’ai de la chance) doit conduire avec : - les grands phares des voitures qui viennent en face (bien sur ils ne baissent pas les phares lorsqu’ils croisent un autre véhicule) - Les véhicules qui vont dans le même sens que nous, mais qui n’ont pas de phares arrières - Des véhicules sans aucun phare, ni signalisation, ni lumière, ARRETES au MILIEU de la route (en pleine nuit) et tout ça pendant 2h30 avec une vitesse allant de 100 à 130 km/heure. J’ai vraiment prié ma bonne étoile. Et j’ai eu ma lessive, et j’ai toujours mes jambes, ouf. Une autre petite expérience des supers transports boliviens : 2 jours à l’avance, je me pointe au terminal de bus pour acheter mon billet pour la frontière Bolivie-Argentine. C’est un trajet important puisqu’un vol pour BA m’attend à Salta et que je ne dois pas le rater. Il y a 2 agences qui partent le vendredi matin à 8h00 pour Villazon et les billets coûtent 50 bolivianos, mais ils ne les vendent que la veille ou le jour même ! Les employés me disent de revenir le lendemain ou vendredi matin à 7h00, une heure avant le départ, il y a toujours des billets… Malheureusement, le lendemain, je fais un aller-retour à Sucre et rentre à 20h20, juste à temps pour aller chercher ma lessive avant la fermeture de la lavanderia… trop tard et trop froid pour me faire les 2 km pour le terminal ou même prendre un taxi. J’arrive donc à 7h00 vendredi matin au terminal. La 1ère agence ne part plus (pourquoi, je ne le saurai jamais) et la 2e n’a plus de place garantie, le bus part à 9h30 au lieu de 8h00 (ce qui me fait arriver à la frontière à 18h30, de nuit, pas cool) et le prix est passé de 50 à 75 bolivianos ! Comme c’était mon dernier jour en Bolivie, j’avais prévu 50 bol. tout rond et un peu d’argent pour me payer les toilettes et à manger. Du coup, j’ai juste 76,5 bolivianos et malgré mon énervement sur le changement de prix des billets, ce qui ne plait vraiment pas à la femme qui les vend, je me retrouve avec 1,50 bol en poche, un billet, mais pas de place garantie, cela dépend de la taille du bus qui va arriver ( !!!). Finalement, le bus arrivera à 11h00 au lieu de 8h00 (puis 9h30), j’arriverai à la frontière à 21 heures, l’immigration bolivienne sera fermée, je devrai faire 3 fois l’aller-retour entre l’immigration bolivienne et celle d’argentine, faire des pieds et des mains et faire semblant de pleurer auprès de la sale conne d’Argentine du bureau argentin, qui me fera finalement un tampon, après avoir bien abusé de son petit pouvoir et après avoir humilié sans raison tous les Boliviens qui étaient dans le bus avec moi… Mais revenons aux transports en Bolivie : ces petits problèmes organisationnels ne sont que la pointe de l’iceberg, qui est énorme : car le plus gros problème est le nombre incroyable d’accidents sur les routes boliviennes avec des morts à chaque fois ou presque. J’ai rencontré une voyageuse occidentale complètement sous le choc d’un accident récent ou des gens sont morts dans son bus. Tandis que mon taxi partagé m’emmenait à Sucre, la radio parlait également d’un accident de bus. Mes amis Solenn et Anthony ont fait le voyage Uyuni-Potosi avec la même entreprise que moi, Diana Tours, mais ils ont eu moins de chance : après diverses pannes, ils ont du descendre du bus et marcher dans les côtes (comme moi au Laos), ainsi que placer des pierres derrière les roues du bus pour l’empêcher de reculer (comme nous avons du le faire avec la jeep, hi hi hi). C’est pour cela que je tenais absolument à voyager de jour pour Villazon, bien que quasiment tous les bus partaient de nuit… Voilà pour la petite parenthèse "transports en Bolivie", mais ce pays est tellement fantastique qu'il faut être prudent, mais ne pas s'arrêter à cela! |